Un
sermon bien réussi
Les
"chie-mince" de La Coneillorgues, comme on les appelaient en ce
temps-là, étaient tous des avares. Le nouveau curé
s'en avise vite. Il pensa que s'ils étaient devenus ainsi
avares, c'était par peur de passer pour des gaspilleurs. Et il
voulut essayer de les guérir de ce péché.
Un
dimanche, monté en chaire, il leur parla du pauvre monde qui
avait faim, de la misère d'un peu partout. Et pour finir, il
leur dît : « Faire l'aumône aux malheureux,
c'est prêter au Bon Dieu, qui vous le rendra au centuple dans
l'Autre Monde ! »
Il lui
sembla que les femmes et même les hommes avaient compris, et que
tous avaient envie de mieux faire. Il était content de lui, et
remerciait Notre Seigneur qui l'avait aidé à si bien
parler.
L'après-midi, il alla se promener un peu. Et justement, il
rencontra Antoine de Saicon, qui passait pour le pire avare de la
paroisse.
« _ Ah ! Monsieur le Curé ! Vous avez réussi
votre sermon, ce matin ! Tout le monde était ému, et moi,
peut-être plus que les autres, il m'a semblé.
_ Alors ?
C'est bien vrai ? J'ai su me faire comprendre ?
_ Oh oui,
par ma foi, Monsieur le Curé ! Vous avez si bien
prêché sur l'aumône que, pour un peu, je serai parti
immédiatement la demander ! »