L'homme de la nuit
A la
tombée de la nuit, un homme très grand, avec un manteau
de berger et un large chapeau noirs se promene. « Toù
! Toù ! » crit-il aux chiens qu'il dirige. Quand il
passe dans les villages, les gens apeurés l'endendent crier :
« La nuit porte de fermer sa porte ! »
Je me
souviens que, quand j'étais petit, je vivais vers La Chevade, un
village de montagne entre Murat et Segur. Contre le pignon de notre
maison, il y avait une maison en ruines. Là, avait vécu
une femme que nous appelions l'Amélie.
Un jour
d'automne, l'Amélie était allée ramasser des
mûres. Puis, elle se mit à faire la confiture. Quand elle
eût fini son travail, elle alla porter un pot à la
voisine. Les deux femmes se mirent à bavarder, tellement que,
quand l'Amélie rentra chez elle, la nuit était
tombée. En arrivant à sa maison, elle s'aperçut
qu'elle avait laissé la porte ouverte. Quelqu'un était
entré : un homme très grand avec un manteau de berger et
un large chapeau noir...
Vous pouvez
penser que l'Amélie n'entra pas dans sa maison : Elle se
dépêcha de retourner chez la voisine. Les gens disaient
qu'elle faisait marcher le surnaturel. Elle savait comment se
débarrasser de ce gêneur. Quand elle lui eût
raconté son malheur, la voisine se fâcha :
_
« Hé bien Amélie, tu as bien travaillé
: tu as laissé entrer le Diable dans la maison ! »
Mais comme elle vît que
l'Amélie était près de tomber dans les pommes, la
voisine ajouta :
_
« Ecoute-moi. Tu feras tout ce que je te dis de faire. Pour
commencer, quand tu arriveras, tu crieras « Au feu
! » trois fois. L'homme sortira. Tu entreras, tu fermeras la
porte. Puis, tu prendras le balai. Tu balaieras ses pas. Et,
après, tu jetteras le balai au feu. »
Ainsi
fît l'Amélie. Elle cria « Au feu ! »
trois fois. L'homme disparu. Elle entra, ferma sa porte. Puis, elle
prît le balai. Elle balaya les pas de l'homme. Elle en profita
même pour faire les coins... A la fin, elle jeta le balai au feu.
A ce moment, elle entendît l'homme crier :
_
« Hé bien, Amélie, tu avais oublié que
la nuit il faut fermer sa porte ?! »